C'est un fait, il est aujourd'hui possible de garantir l'authenticité d'un diamant, et de rendre impossible son échange frauduleux. Cependant, les consommateurs ont besoin d'être informés sur la traçabilité des diamants.
Nous vous proposons de lire une interview de M. Héja Garcia-Guillerminet, Directeur du Laboratoire Français de Gemmologie (C.C.I.P.), paru dans "la France Horlogère" n° 687 (novembre 2007), ainsi que l'engagement Diamondine de la traçabilité dans son développement d'Espace Diamant ©.
F.H .: A quand remonte la création du certificat en France ?
H. G-G. : Le Service Public du Contrôle de Diamants, Perles fines et Pierres précieuses à été créé en 1929 et rattaché à la Chambre de Commerce et d' Industrie de Paris en 1935. Les diamants y sont authentifiés dès l'origine. A l'époque, aucun système de classification n'encadrait cette activité. C'était l'époque où l'on observait et l'on "parlait" plus qu'on ne mesurait, mais cela ne manquait pas de rigueur, car on dessinait déjà les pierres selon la méthode mise au point par Dina Level et Georges Gobel.
Cependant, seules les pierres exceptionnelles faisaient l'objet d'une attestation et tous les professionnels s'accordaient sur les qualités des pierres rares. La gestation du certificat, dans sa physionomie actuelle, est le résultat d'une évolution qui s'est accélérée dans les années 70 et qui a accompagné l'offre grandissante en diamants "mieux taillés". Après une période durant laquelle les diamants pouvaient être garantis purs à la loupe 3x, le laboratoire consulaire a émis les premières attestations "pur à la loupe 10x" en 1978. Quand à la couleur, c'est en 1977 que la correspondance entre les étalons CIBJO, HRD et GIA a été reconnue, dans la foulée d'un congrès de la CIBJO qui s'était tenu à Paris peu avant.
F.H. : A l'initiative de qui et dans quel but ?
H. G-G. : L'évolution vers un standard universel était la volonté de la profession, au niveau européen puis mondial, regroupée au sein de la CIBJO; et le système a tenu, bon gré, mal gré, depuis près de 30 ans. Le certificat a apporté et maintenu des repères dans une époque effervescente comme celle de la fin des années soixante-dix quand le marché avait, en partie, échappé aux professionnels et était la proie des spéculateurs. On peut dire que le Laboratoire Consulaire a rempli sa mission de service public, voulue par la profession, en contribuant à maintenir à un haut niveau de confiance, grâce à ses attestations, les relations entre les (vrais) professionnels et leurs clients. Cette constance est une des meilleures garanties que la profession française puisse offrir aux consommateurs dans un monde diamantaire qui s'ouvre à la concurrence internationale et qui doit faire face à l'agressivité de standards ou de structures commerciales moins exigeantes.
F.H. : La fonction du certificat a-t-elle évolué en fonction du marché ?
H. G-G. : Fondamentalement, non. Le certificat conserve sa fonction de repère. Cependant, la gamme de pierres certifiées s'est considérablement élargie du fait de l'augmentation de la demande tant en terme de matière qu'en terme de garanties. Ce qui était réservé aux pierres d'exception, s'est démocratisé pour devenir une pratique courante, même pour les pierres d'entrée de gamme, "SI" et "piqué". Avec le temps, l'indépendance du laboratoire est devenue un atout majeur, notamment face à la multiplication des structures de certification privées, car c'est principalement sur les marchandises de petit calibre que le risque de dérive par rapport aux standards de classification est devenu plus grand.
F.H. : Faut-il développer la certification pour les diamants de moins de 0,20 ct ?
Il y a un an, le seuil de certification était, en France, à 0,30 ct. Au même moment, les centrales d'achats japonaises et nord-américaines faisaient certifier les pierres à partir de 0,18 ct. C'est certainement la voie qu'emprunteront les professionnels français.
F.H. : En terme de certification, la France n'accuse-t-elle pas un retard par rapport à certains pays ?
H. G-G. : Difficile de juger car cela dépend des pays auxquels on la compare. Il y a une vraie dynamique en France, en ce moment. De manière générale, je pense que s'il y a retard mieux vaut, tant pour les consommateurs que pour les professionnels, que le rattrapage ne se fasse pas au détriment de la qualité. C'est à chaque acteur de la filière d'être exigeant et de voir à long terme. L'inflation d'attestations à laquelle on assiste actuellement ne s'accompagne pas toujours de la qualité escomptée dans les résultats d'analyse et il m'arrive de voir à l'oeil nu des inclusions gradées VS2 par certains organismes alors que, selon les règles de la CIBJO, seule une inclusion "Piqué" est visible à l'oeil nu.
F.H. : Peut-on considérer que l'intérêt du certificat pour le particulier participe à son développement ?
H. G-G. : Certainement. La dynamique provient du client particulier et du sentiment éthique qui anime désormais sa vie de consommateur. C'est pourquoi l'intégrité des acteurs de la certification est une donnée fondamentale, car transversale, de la révolution commerciale initiée par les centrales d'achat et internet.
F.H. : Ce phénomène est-il à prendre en considération par les bijoutiers et peut-il changer les us et coutumes de la profession ?
H. G-G. : Je pense que la prise de conscience a déjà eu lieu grâce au rôle de premier plan joué par les organisations professionnelles et l'observation que chacun fait de la révolution des comportements dans les autres activités commerciales. La profession française va s'adapter, cela ne fait aucun doute. Elle sortira d'autant plus forte qu'elle aura su conserver à ses produits la qualité que tant d'autres nous envient.
F.H. : Y-a-t-il des différences dans la "qualité" des certificats selon les laboratoires ?
H. G-G. : Je ne suis pas le mieux placé pour répondre à cette question. Et quelle qu'elle soit, ma réponse sera considérée comme "orientée". Toutefois, dans le cadre des commissions de la CIBJO que je préside depuis près de quatre ans, j'ai souhaité, avec mes collègues, que l'ouverture imposée de la Confédération à tous les laboratoires soit possible à condition que les nouveaux entrants s'engagent à appliquer les règles de la CIBJO. Cette idée est l'esprit même de la Charte des Laboratoires que j'ai présentée et que nous avons fait voter par le Comité Exécutif lors du Congrès de Vancouver, en 2005. CIBJO a reconnu et référencé les normes ISO (aujourd'hui PAS) dans la nouvelle édition du Livre de Diamants. Cela donne une ligne de conduite claire en matière de classification des diamants. Il y a, je crois, une prise de conscience des enjeux que représentent d'une part l'harmonisation entre les laboratoires et, d'autre part, le maintien à un haut niveau, des standards de classification, notamment dans le contexte actuel d'explosion du marché asiatique. C'est l'avenir de notre système de gradation qui en dépend. Ainsi, le laboratoire de la C.C.I.P. tiendra son cap tant que la profession et l'Institution consulaire considèreront que c'est l'intérêt des professionnels français. Nous agissons pour que le différentiel observé ces dernières années entre des laboratoires "historiques" marque le pas. Mais les perspectives de développement à l'est et au sud constituent, pour certains, une tentation grande qui ne fait pas toujours bon ménage avec les règles et la nomenclature. Ainsi, la gradation des pierres montées est désormais acceptée par la CIBJO et il a fallu tout le poids de la délégation française et de ses alliés pour obtenir que soit précisés les risques d'erreur liés à cette pratique. Je vous laisse comparer les conséquences juridiques de celle-ci pour un laboratoire de droit français et un laboratoire de droit thaïlandais. Avec les "nouveaux" laboratoires, la situation est parfois plus facile car ils sont souvent en quête de reconnaissance et ont depuis longtemps compris que la force d'un standard aussi exigeant que celui de la CIBJO peut leur apporter.
F.H. : Ne va-t-on pas se retrouver face à deux marchés distincts, celui de la grande distribution et celui des bijoutiers traditionnels ?
H. G-G. : Il m'est difficile de répondre à cette question sur le plan économique. Cependant, si les marchés deviennent distincts, il faut souhaiter que la qualité des produits naturels soit mesurée à la même aune. Je précise "naturels" car l'arrivée prochaine du diamant synthétique va encore modifier le paysage HBJO.
Le laboratoire ne connaît que deux types de clients : les professionnels et les particuliers. Tous les professionnels, qu'il soient détaillants ou centrales d'achats (mais aussi maisons de ventes aux enchères ou d'occasion) n'ont pas la même démarche lorsqu'ils viennent au laboratoire.
Certains sont habitués à soumettre de gros volumes de diamants de petites dimensions. Les autres, notamment les détaillants, sont servis de manière"traditionnelle" pour des pierres d'un carat et plus. Des solutions existent déjà pour leur permettre de se grouper et de bénéficier de la dynamique suscitée par les centrales. Nous-mêmes avons dû adapter notre manière de travailler. Par exemple, la sélection des pierres est faite selon des critères prérequis (poids, forme, couleur, pureté, proportions, etc.), ce qui permet un gain de temps important dans le traitement des dossiers. Pour les détaillants, nous continuons à travailler pierre par pierre et le plus souvent sans critères de sélection prérequis. Sans doute, pour les petites pierres, les détaillants gagneraient-ils à soumettre au laboratoire des lots à certifier "sur critères", même s'il restera toujours un espace pour la certification des pierres isolées plus grosses.
F.H. : De par votre experience, comment les bijoutiers traditionnels peuvent-ils se positionner face à l'agressivité commerciale de la grande distribution et surtout des sites de vente de diamants sur internet ?
H. G-G. : Nous avons vu que l'adaptation passe, en partie, par la mutualisation des dépôts au laboratoire (comme c'est déjà le cas pour les achats). L'évolution des habitudes de consommation est, essentiellement, un défi lancé à la communication. Cela dit, les consommateurs ne s'enferment pas dans un comportement. Ils achètent quand et comme ils veulent, un soir sur internet, un jour dans une grande surface et dans une bijouterie traditionnelle, le week-end ou pour les occasions de la vie. L'élément qui, bien souvent, accompagnera la conclusion de l'achat est la confiance dans le produit, le vendeur et réciproquement. La force d'un réseau, l'engagement sur la qualité, une longue implantation locale, sont autant de garanties qui contribuent à créer un climat de confiance, un "climat éthique" selon les canons actuels de la vente. Communiquer sur ces critères est devenu incontournable pour tous les acteurs de la distribution. En même temps, le produit reste l'objectif de toute démarche d'achat et c'est sur lui que doivent porter les garanties. C'est sur ces aspects et leur corrélation que des différences peuvent exister entre les acteurs que vous mentionnez dans votre question.
F.H. : La possibilité de graver le diamant sur son rondiste, est-elle un élément majeur de traçabilité ?
H. G-G. : L'attestation des diamants et leur gravure par rayon laser sont des garanties d'indépendance et de traçabilité que les distributeurs peuvent inclure dans leur panoplie de communicants. Ils contribuent à entretenir le "climat éthique" et sont des leviers importants dans l'argumentaire de vente. D'autres moyens de traçabilité existent. Jusqu'en 1994, le laboratoire de la CCIP scellait les diamants dans des pochettes en plastique. Cette pratique, toujours en vigueur en Belgique, avait pour inconvénient de rendre impossible le montage des pierres en plus qu'elle permettait au produit d'échapper, presque physiquement, aux professionnels pour faire l'objet de spéculations dont on se souvient encore des conséquences dans les années 80. La gravure sur le rondiste permet de contourner l'obstacle du scellé en conservant au professionnel son rôle essentiel dans la présentation du produit au client. Il peut faire la démonstration de son expertise tout en garantissant que la pierre qu'il vend a fait l'objet d'une étude et d'un enregistrement auprès d'un laboratoire rigoureux.
F.H. : En conclusion, le diamant certifié et gravé ne donnerait-il pas un nouveau souffle au secteur de la bijouterie-joaillerie ?
H. G-G. : Ce produit mieux référencé, permet de renouveler la confiance envers le consommateur grâce au souffle éthique qu'il apporte. Diamant éthique par sa traçabilité, car s'inscrivant, à l'échelle du détaillant, dans la continuité philosophique du processus de Kimberley. Diamant éthique par le soin particulier qui a accompagné sa mise sur le marché et par les garanties qu'il offre sur l'archivage de ses caractèristiques gemmologiques. Diamant éthique quand son attestation émane d'organismes indépendants engagés dans le respect des standards qui prévalent depuis trois décénnies.